Actualités anxiogènes : soutenir son équipe sans s’épuiser
- Nathalie Lacombe, M. Sc.

- 27 janv.
- 4 min de lecture
Ces temps-ci, plusieurs personnes me partagent une fatigue difficile à expliquer. Le travail se fait, les responsabilités sont assumées, mais l’énergie est plus fragile, la concentration plus difficile et la récupération insuffisante.
L’actualité n’est pas la cause principale du malaise au travail, mais elle agit comme un amplificateur d’une charge mentale déjà très élevée. La bonne nouvelle, c’est qu’on n’a pas besoin de contrôler l’actualité pour soutenir les équipes. On peut agir directement sur le cadre de travail et sur la façon dont on se soutient entre collègues, au quotidien.
Que l’on soit en RH, gestionnaire, membre d’un comité bien-être ou simplement une personne influente dans son milieu, soutenir son équipe ne veut pas dire porter le poids de tout le monde. Dans un contexte anxiogène, cette nuance devient essentielle.

Soutenir sans absorber : le masque d’oxygène d’abord
Soutenir ses collègues ne signifie pas gérer leurs émotions ni devenir le réceptacle de la charge mentale collective. Être à l’écoute ne veut pas dire tout régler. Être empathique ne veut pas dire s’oublier.
Dans plusieurs organisations, les personnes qui souhaitent aider finissent par s’épuiser elles-mêmes, parce qu’elles portent trop. Or, mettre son masque d’oxygène bien-être en premier n’est pas un luxe, c’est une condition de durabilité. On soutient mieux quand on protège aussi sa propre énergie, ses limites et sa capacité de récupération.
Prendre soin du climat de travail commence souvent par cette question simple : qu’est-ce qui m’appartient vraiment, et qu’est-ce qui ne m’appartient pas ?
Protéger l’attention : un levier puissant et souvent négligé
Un effet indirect, mais bien réel, de l’actualité anxiogène est la fragmentation de l’attention. Les notifications constantes, les interruptions fréquentes et l’hyperstimulation rendent la concentration plus difficile. L’attention fragmentée est une source de stress en soi, même lorsque la charge de travail n’augmente pas.
Soutenir le travail profond devient alors un véritable geste de santé mentale. Cela peut passer par le respect de certaines plages de concentration, par une réduction du bruit informationnel ou simplement par le fait de normaliser que l’on ne soit pas disponible en tout temps. Protéger l’attention, c’est aussi protéger l’énergie et la clarté mentale.
Créer de la stabilité quand le contexte est instable
Lorsque le monde extérieur est imprévisible, le cerveau cherche des repères. Le travail peut alors devenir soit une source de pression supplémentaire, soit un point d’ancrage.
Créer plus de stabilité au quotidien ne demande pas de grandes révolutions. Clarifier les priorités, nommer ce qui peut attendre, éviter de nourrir l’urgence constante et normaliser les fluctuations d’énergie sont autant de gestes simples qui soutiennent la capacité à durer. Ces ajustements ne diminuent pas l’engagement ou la rigueur. Ils soutiennent plutôt une mobilisation plus saine et plus durable.
Créer des moments de recul… loin de l’actualité
Un autre levier souvent sous-estimé consiste à prendre intentionnellement de la distance avec l’actualité, surtout pendant la journée de travail. Être informé est une chose. Être constamment exposé à des nouvelles anxiogènes en est une autre.
Les micro-pauses prennent ici tout leur sens, à condition qu’elles ne soient pas simplement remplacées par le défilement des nouvelles ou des réseaux sociaux. S’éloigner volontairement de l’actualité, même pour quelques minutes, permet au système nerveux de se déposer et à l’attention de se réguler.
Créer ou encourager des moments de recul peut passer par de petits choix très concrets : des pauses sans téléphone, des zones ou des moments sans nouvelles en continu, ou encore la permission explicite de décrocher mentalement entre deux tâches exigeantes. Ces pauses ne sont pas une perte de temps. Elles contribuent à préserver l’énergie, la concentration et la capacité à faire face à un contexte déjà chargé.
Un outil simple à garder : soutenir sans s’épuiser
Voici un court outil de réflexion que vous pouvez garder sous la main, individuellement ou en équipe :
Avant d’agir pour soutenir les autres, se poser ces questions :
Est-ce que cette situation relève de mon rôle ou de ma responsabilité ?
Est-ce que je suis en train d’aider… ou de porter à la place de l’autre ?
Mon intervention soutient-elle la clarté, la stabilité ou l’attention ?
De quoi ai-je moi-même besoin pour rester disponible sans m’épuiser ?
Ai-je prévu de vrais moments de recul, loin de l’actualité ?
Ces questions permettent souvent de soutenir de façon plus juste, sans s’oublier.
Pour aller plus loin
Ces réflexions sont au cœur de ma conférence « Travailler sans s’épuiser : Prévenir l’usure et préserver son énergie au travail. »La fatigue au travail ne vient pas uniquement de la charge de travail, mais de l’usure cumulative qui s’installe jour après jour. Cette conférence met l’accent sur la gestion de l’énergie mentale, émotionnelle et physique afin de prévenir la surcharge et l’épuisement avant qu’ils ne s’installent. Les participants y découvrent des stratégies concrètes pour mieux doser leurs efforts, intégrer des micro-récupérations au quotidien et terminer leurs journées de travail avec plus d’énergie et de clarté.
En conclusion
Dans un contexte d’actualités anxiogènes, soutenir son équipe ne repose pas sur des solutions héroïques ou des programmes complexes. Cela passe par des choix cohérents, humains et structurants : soutenir sans absorber, protéger l’attention, créer de la clarté… et se donner le droit de prendre du recul.
Dans un monde instable, le travail peut devenir soit une pression de plus… soit un point d’ancrage.Et chacun de nous peut influencer cela, à sa façon.
Bien à vous et à votre bien-être,
Nathalie Lacombe, M. Sc.
Conférencière et coach en santé et bien-être





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